9ème vie : le Cambodge  du 10 au 19 octobre

3 jours, 3 pays : failli loupé le car. J'ai bien mis le réveil, mais j'ai oublié de changer l'heure. Suis encore à l'heure du Myanmar. M'en suis rendue compte en me réveillant. La blague...  Dévalé les escaliers 4 à 4 en courant. Débraillée, les cheveux en bataille, le portrait de travers (pas encore remis des excès de la veille sur Kao San Road) pour demander l'heure à la réception : "on est quelle heure de quel jour ici en ce moment ?" -  "vous êtes tout juste à l'heure, le pick up n'est pas encore arrivé". "Ah ouais mais j'ai pas bouclé mon sac, ni payé l'hôtel, suis encore en pyjama et j'habite au 5ème étage..." - "Ah bah vous êtes très très en retard". Sans blague... Je vole dans les ecaliers, plie mes bagages, rapide ; dans mon sac c'est Fukushima. Impossible de fermer. 5 minutes plus tard, suis en bas. Finalement j'attendrai... 12 000 volts dès le matin c'est plus dans mes habitudes. 

6 heures de car, 4 check point frontière : 1 thaïlandais et 2 cambodgiens. 1ère leçon au Cambodge : ne pas être pressé. 2ème leçon : il est préférable de faire appel à une agence en Thaïlande pour faire son visa ou le faire à l'ambassade Cambodgienne en Thaïlande : 3 check point Cambodgiens = 3 bakchich. L'addition peut être salée... 3ème leçon au Cambodge : pour ne pas engraisser les douaniers et encourager la corruption, tu engraisses des organisations parallèles... Différences : moins cher et plus sûr (tu connais le montant et les règles à l'avance). A méditer tout de même.

Me voilà à Siem Reap et les temples d'Angkor, une des merveilles du monde. Beaucoup d'eau. Plusieurs rues sont inondées. Pour se rendre dans les temples, il faut mettre les pieds dans la flotte (jusqu'au genoux). Et Mimi cracra, l'eau elle aime ça... Je prends la "police" en flagrant délit de mensonge. Je regarde les infos sur CNN et voit la rue dans laquelle j'étais 15 min plus tôt. Les images sont prises de telle manière, que l'on imagine toute le ville sous les eaux et la pluie. En réalité, il ne s'agit que d'un carrefour et 2 rues contournables. Il pleut 1h dans la journée (très fort). Pas de quoi me décourager...

Me voilà partie en vélo à la découverte des temples. Il faut pédaler un peu. 40 bornes. Alors je pédale, je pédale...

Grandiose !

Visite guidée d'Angkor Wat.

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Triste. Triste, d'entendre mon guide faire très souvent remarquer que ce temple, ainsi que les autres, ont été largement pillés par les français et les vietnamiens. Honte. Ce temple ainsi que les autres ne sont peu ou pas entretenus. Malgré les 20 dollars payés à l'entrée, aucune rénovation depuis que les français l'ont restauré avec les moyens de l'époque. Il m'explique que le gouvernement corrompu s'en met la moitié dans les poches, l'autre moitié est versée à l'entreprise privée à laquelle il a confié l'entretien du site. 4ème leçon dans ce pays : les uns ne valent pas mieux que les autres. 

Le site est majestueux. L'ambiance si mystérieuse qui y règne, saisissante :

Spéciale dédicace au Ta Phrom (fameux Tomb Rider). Les temples sont disséminées dans la nature, où la jungle a repris ses droits. Temples et arbres ne sont qu'enchevêtrement. Je me fais exploratrice, à la découverte de ces visages couverts de mousse et de ces racines couleur de pierre. On se demande si la forêt se fait protection ou destruction : les graines de fromager (un arbre) transportées par les oiseaux germent sur les murs et développent des racines tentaculaires qui disloquent la pierre. Les branches traversent fenêtres, portes et prennent possession du temple. Je pédale, pédale et pédale encore dans cette curieuse ambiance, fantomatique en fin d'après-midi.

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Deux jours à sillonner les temples. Mes fringues sont couvertes de boue.

J'aime la douceur de vivre et la chaleur des cambodgiens, les guest-house hyper chaleureuses et confortables à 3 ou 5 dollars la nuit, les marchés colorés, les sourirs des enfants. Le bonheur. On peut manger des tas de choses extraordinaires, de la baguette (héritage du colonialisme) des currys de poisson très très bon et très très épicés, que tu ne mangeras jamais. Tu fais un tour au marché et c'est régime pour le reste du voyage. Hygiène pas terrible. Par chance ma guest-house cuisine des petits plats à mourir tellement c'est bon, à un prix (g)astronomiques.

L'eau est montée d'un cran dans la zone inondée. Les gérants des magasins ont désespérément installés des sacs de riz devant leur boutique. Ce qui rend le trottoir surélevé plus difficilement praticable et n'a de toute façon pas pu empêcher l'eau et la boue de rentrer.

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Direction Phom Penh.

Je traverse le Cambodge du nord au sud en car sur une route toute neuve, donc surélevée, qui longe le fleuve et le lac du Tongsé. 
L'eau a totalement recouvert les rizières (qui jouent le rôle de réservoir). De l'eau à perte de vue. Je traverse un océan. Un océan de misère. Quelques centimètres séparent les maisons du pilotis de l'eau, les autre sont immergées. Les vaches et les poules ont pris refuge sur le bord de la route et ne trouvent plus de nourritures. Les femmes cuisines accroupies dans l'eau de leur maison. Malaise : alors que je visite tranquillement ce pays sans encombre, la population déjà très pauvre, vit une véritable catastrophe humanitaire. Plus de récoltes, plus de nourritures, plus d'abrits pour les bêtes. Les hommes et les enfants se sont reconvertis dans la pêche et les vendent du poisson frais au bord de la route. Le car qui s'arrête tous les 10 mètres pour permettre aux "bus/people" de faire leur courses. Dans les rizières poussent des poissons.
 
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J'amerris à Phnom Penh. Les pieds dans l'eau sous le soleil. Sous le pavé, les coquillages. Inondations très localisées. Je ne comprends pas que personne n'ai pensé équiper les cars, de bouées, palmes et canoës de sauvetage. Franchement ils pourraient installer des balises et des phares dans les rizières, pour accoster le rivage/village plus facilement.

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Jolie ville. Sur le bord du fleuve, on se croirait sur la Croisette. Les colons français ont laissé, des mauvais souvenirs, des fouilles archéologiques et la restauration de nombreux édifices par des passionnés, une architecture magnifique respectueuse de l'art Khmer et la bonne vieille baguette de pain. En manque. Je suis en manque. La nourriture française me manque. La nourriture de chez nous, me manque tellement. Tellement, que seul ceux qui ont quitté la France longtemps peuvent me comprendre. Moi qui adore manger. ça me bouffe !!! 2 mois que je suis aux pâtes/riz frits/ bananes. J'en peux plus... Le 1er soir je trouve refuge dans une école de restauration et de réinsertion. Chose incroyable : au programme c'est cuisine italienne. Ce sera mille feuille de poivrons, aubergines marinés, revenus à la poêle, à la plancha, salade, un filet d'huile d'olive, oignons, pignons de pain, service impeccable comme on le connaît chez nous. Une tuerie !!! La magie du voyage : le hasard fait toujours bien les choses. Je verse une larme, pas seulement parce que l'addition est salée à la mode française. Je suis en manque...

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Trouvé une bonne adresse pour des massages juste à deux pas de ma guest-house. Beaucoup d'aveugles exercent ce métier et sont très bien formés. Un artiste. Je ressors avec un corps tout neuf, après avoir tiré une larme (encore). Corps sensibles s'abstenir. J'irais tous les jours...

Deuxième jour à Phnom Penh : le musée du génocide - les camps de la mort : sordide. Je visite avec Héléna, une espagnole très drôle, rencontrée la veille.
3 millions de personnes déportées et assassinées (soit la moitié des khmers). Les khmers rouge ont repris l'administration concentrationnaire que l'on connaît, très organisée, très méthodique pour assassiner un maximum de personnes en un minimum de temps, mais ils ont innové dans la cruauté et l'application systématique de la torture. Ils ont enregistré de manière systématique et très précise leurs crimes en prenant des photos leurs victimes avant et après les avoir torturées (enfants compris). Poignants les témoignages des 7 survivants, des familles de victimes qui manifestent leur compassion pour les bourreaux des membres de leur famille. Plus étonnant encore, ceux des bourreaux eux-même retournés à la vie civile : photos et  récits de ces personnes qui ont cru en cette idéologie, qui ont parfois vu les membres de leur famille arriver dans le camps. Choquant de les voir cultiver leur champs, réparer des voitures, enseigner à des enfants. Pour la plupart enfants soldats de moins de 15 ans. Ils ont aujourd'hui une cinquantaine d'année. C'est mon chauffeur de tuck-tuck, le type qui tient la guest-house. J'admire le flegme de la population considère ces personnes comme des victimes. J'ai longtemps hésiter à y aller. Ne pas y aller, reviens à passer totalement à côté du pays, des éléments important de la psychologie de ses habitants (5ème leçon). Pas de photos de cette journée. 

Décollage pour le sud. Changement de décor : me voilà dans une guest-house perdue dans la jungle au pied des bananiers. Un endroit chaleureux et douillet au bord d'une rivière. Calée au creux des loveuses aux tissus fleuris. Pas un touriste. Que des cambodgiens et des expat en WE. Je reste 4 jours à humer l'air, observer les couchers de soleil sur la rivière et les collines environnantes, me faire masser, manger, écrire.

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Je retiens du Cambodge : les jeux des enfants, la gentillesse  et la douceur de vivre des habitants, l'atrocité des crimes perpétrés par les khmers rouge, l'architecture des centres villes, les boulangeries, les rivières, les pirogues qui se découpent au milieu des lacs, la misère et la dignité des cambodgiens, l'ambiance mystérieuse des temples fondus dans la jungle, les coucher de soleil magnifiques.

Cambodge : 10 jours, 3 lits, 5 leçons, des inondations, 15 boulangeries dévalisées : 1 carnage.